Partager l'article ! Les fanzines : Comment définir le fanzinat ?: Par Apsara Des Mots et du son a pour vocation de réunir des musiciens et entre cr&e ...
Par Apsara
Des Mots et du son a pour vocation de réunir des musiciens et entre créateurs amateurs. Leurs points communs ? la motivation et la non-professionnalisation. Je n'utilise pas le mot amateur volontairement à cause de sa connotation. Trop de gens assimilent cela à de la médiocrité. Ce n'est pas mon cas.
Je m'intéresse surtout aux fanzines : création papier visant à être diffuser confidentiellement. Ce média est cependant difficile à cerner. Les diverses tentatives de définitions vont être abordées dans cet article : l'aspect technique, le contenu et enfin la zone de flou dans laquelle se situe le fanzine.
Formellement ?
Photocopie et travaux manuels
Formellement, un fanzine, ça ressemble à quoi ? C'est difficile à dire, dans la mesure où il n'y a pas de règle dans le fanzinat. Il y a quand même une grande tendance : le cahier A5 photocopié. La reliure est, en général, constitué d'agrafes et le façonnage est fait à la main. On peut penser que, puisque c'est aussi artisanal, puisque les moyens de reproduction (la photocopie) sont aussi imprécis, la qualité n'est pas au rendez-vous. C'est un jugement un peu rapide qui réduit l'accès à la liberté d'expression à ceux qui ont du matériel professionnel.
Le nombre de fanzines utilisant la sérigraphie ou le off-set va en grandissant, mais ne permet pas encore d'inonder le marché de production amateur.
Faible tirage et moyen de distribution
En effet, les fanzines sont rarement tirés à plus de 500 ou 1000 exemplaires. On peut même dire que ces chiffres sont ceux des fanzines qui réussissent à trouver un public important. Il y a de très bonnes productions qui n'existent qu'en tirages limités. Finalement, le nombre de tirage ne reflète pas forcément la "réussite" d'un fanzine. Si le sujet du fanzine est l'utilisation de l'espéranto dans le cinéma, le public visé est moins important que celui qui parle de la star du moment. Le faible tirage n'est donc pas toujours un choix par défaut. C'est une décision prise en connaissance de cause, parce que le but d'un fanzine n'est pas que 90% de population s'intéresse au sujet traité, mais que les personnes intéressées aient un support d'expression et d'information, même si le sujet ne passionne pas les masses. On peut dire que cela donne aux minorités le droit d'avoir un média. Le meilleur exemple est la revue crée par Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor : l'étudiant noir. Il s'agit d'un magazine étudiant dans lequel est né le concept de Négritude. Le tirage était faible. Peu de personne peuvent prétendre d'avoir eu entre les mains, mais aujourd'hui, cette production amateur est cité dans tous les ouvrages d'histoire littéraire moderne !
Les limites du formel
Le moyen de distribution d'un ne peut être le même que celui d'une revue professionnelle, notamment à cause du faible tirage et parfois de la spécificité du sujet abordé. La distribution professionnelle entraîne aussi de gros frais : le pourcentage du diffuseur, la marge du libraire, etc... Les solutions choisies sont diverses, mais celle qui fait l'unanimité est la vente sur des évènements : les fanzines BD prennent un stand au festival d'Angoulême, les fanzines de musique sont vendus les soirs de concert dans certaines salles, les évènements alternatifs sont des lieux privilégiés pour trouver des fanzines engagés. Selon le contenu de l'oeuvre, la stratégie est différente. Autant dire que les nombre de voies possibles sont infinies car rien ne limite le fanzine dans son propos.
Le contenu ?
Des esprits libres (politique)
En effet, si on n'a pas de préoccupations financières, la liberté d'expression est plus grande. C'est l'occasion de parler de sujets qui ne font pas la une de l'actualité : la souffrance des poissons, l'intolérance vis-à-vis des transsexuel-le-s, les prisonniers d'action directe, la représentation d'une sexualité qui modèle les rapports entre hommes et femmes, l'oppression des obèses, l'anti-spécisme, l'anarchisme, l'absence d'information sur des conflits mondiaux ou sur les accidents du travail en France ou même du négationisme (Hélas, cela existe aussi !). Ouvrir un fanzine d'expression est en général l'opportunité de prendre une grosse claque car ces fanzineux sont en général concerné de près par le sujet et donc très bien informé. Les revues trans-pédé-gouines sont de ce point de vue très enrichissant : la parole est dépourvu de censure, les rédacteurs n'ont aucune raison de prendre des pincettes. L'information vient de la source et vous touche directement. Bien sûr, les mauvais fanzines d'expression libre existent, mais cela vaut le coup de jeter un oeil sur cette production atypique qui nous change de la pensée unique véhiculé par les mass média.
Compléter une offre insuffisante (musique et littérature)
Le principal vecteur de cette pensée dominante est la télévision. Elle ne nivelle pas que les opinions, mais aussi les goûts. Pour beaucoup de gens, un chanteur doit passer à la télé pour exister, ou du moins à la radio. Hélas, ces médias ne diffuse qu'une infime partie de la production musicale actuelle. Si vous êtes fan de Ska, de fusion, de Heavy Metal, de musique expérimentale allemande, etc... Il est très difficile d'avoir des informations à l'aide des mass média actuelle. Même l'offre de la presse professionnelle est insuffisante : pour survivre un magazine professionnelle doit avoir une cible assez large et cela n'est pas compatible avec une ligne éditoriale restrictive. Les fanzines peuvent donc être un complément à l'offre médiatique actuelle. N'ayant pas d'impératif financier contraignant, le fanzine va pouvoir vous fournir des informations sur le dernier CD du groupe que vous avez découvert la semaine dernière dans le bar du coin de la rue et que vous avez tant aimé !
Même chose pour la littérature ! Faire vivre une maison d'édition est un défi difficile à relever aujourd'hui. C'est encore plus vrai dans le cas de la littérature fantastique. Le nombre important de fanzine de nouvelles de ce genre sont légions et montrent qu'il y a une place à occuper.
Conquérir le marché en entrant par la petite porte (bd)
Les fanzines de BD sont également très nombreux et une grande variété de style existe. Il y a certains de ces fanzines qui sont là pour pallier à une offre insuffisante des média pro et d'autres revues amateurs qui ont pour but de servir de tremplin. En effet, publier (même en amateur) est une bonne façon de progresser, de se faire connaître par le public et par les éditeurs. Cela a marché comme cela pour Zep : Et oui, Titeuf est né dans les pages d'un fanzine !
Le mélange des genres
(des frontières floues, opposition pro-amateur)
Donc, je résume : un fanzine peut ressembler à pleins de chose, peut parler de n'importe quoi, peut être tiré à un nombre variable d'exemplaires et être diffuser partout et nulle part...
... Alors ? A quoi je le reconnais ?
A priori, il n'y a pas de réponse. La limite entre le pro et l'amateur ne cesse de s'estomper. Aujourd'hui, il y a des fanzines mieux réalisés que des revues pro et certains fanzines commencent à payer leurs participants. Logiquement, il reste la distinction entre les deux structures : entreprise/association, mais là aussi tout est flou. En effet, des nombreuses maisons d'éditions (notamment de BD) ont (pour des raisons administratives et financières) choisis d'exister avec un statut d'association, mais leur fonctionnement est celui de professionnels (rémunération, diffusion nationale, etc...). En général, ces structures rejettent l'appellation fanzine, soit parce que pour eux fanzine est synonyme de "truc pourri", soit parce qu'ils savent qu'on vend mieux un "magazine" qu'un "fanzine". Si eux n'ont pas une mauvaise image du fanzine, ce n'est pas le cas du diffuseur, du libraire et du lecteur !
Alors quoi ? Finalement tout cet article n'avait-il pas pour but d'apporter une définition au terme "fanzine". Cela va s'arrêter là ? Sur un constat d'échec ?
Oui et non : je ne suis pas plus maligne que les autres et je ne vais pas ici formuler une définition qui sera sûrement réfutée ailleurs. Cependant, une chose est sûre : Est fanzine celui qui se dit fanzine ! Si un jour vous croisez une revue créée par des amateurs passionnés qui prétendent faire un magazine, ne cherchez pas à les mettre dans la case "fanzine" à tout prix. La liberté est le propre de l'amateur et c'est pas les fondateurs du festival Des Mots et Du Son qui me contrediront !
... à voir pour approfondir après ce court et très synthétique article :
Le site de la fanzinothèque de Poitiers
L'article sur le fanzine de Wikipédia
Le site et le forum de Méluzine
Le blog de Fanzinat World et ses vidéos
Je suis tombée sur ton article par hasard, et je le trouve fort intéressant !!
En effet, je fais partie d'une asso BD qui publie un fanzine, et je trouve que ta (non)définition du fanzinat est très perspicace !! Si le coeur t'en dit, je peux t'envoyer un numéro de notre fanzine... J'aimerais avoir ton avis... Je te redonne mon adresse mail shyaoran@orange.fr
Sur ce, je te dis bonne continuation et à bientôt peut être !
Bonne journée :)